LE WEB MAGAZINE DES GRANDES PERSONNES
: témoignage
définition
Le Journaliste Reporter d'Images (JRI) est un professionnel de l'information et de l'image travaillant pour la télévision, des sociétés de production, des agences de presse audiovisuelle ou encore digitale.
Multi casquettes (journaliste + rédacteur + caméraman + parfois monteur), le JRI part sur le terrain, dans sa région géographique, sur tout le territoire national ou à l'étranger, seul ou en binôme, pour tourner des sujets d'actualité, dans le cadre de transmission en direct, ou pour réaliser des reportages, diffusés ultérieurement.
Outre la maîtrise des techniques audiovisuelles et sa capacité à s'adapter aux évolutions matérielles, le JRI doit, comme tout journaliste, avoir une solide culture générale, être au fait de l'actualité et faire preuve de beaucoup de curiosité pour recueillir l'information, en vérifier les sources, la traiter et la diffuser avec une approche pertinente, tout en respectant les principes déontologiques de la profession (exactitudes des faits, dignités des personnes filmées, …)
Concrètement, son quotidien consiste à :
- proposer des sujets à sa rédaction, enquêter et structurer un sujet d’actualité (contacter et convaincre ses interlocuteurs d'être filmés, repérer les lieux de tournage, s'occuper de la logistique : choix du matériel, mobilité,...) ;
- tourner les images, filmer les événements, réaliser des interviews, tout en s'assurant de la qualité technique conforme aux standards professionnels (cadrage, éclairage, stabilité, prise de son, …) ;
- effectuer ou assister au montage final de son reportage (post-production : choix des séquences, enregistrement de voix off, habillage graphique,...)
À noter que le JRI est souvent amené à travailler dans l'urgence pour coller à l'actualité et peut couvrir, sur une journée, plusieurs sujets d'information.
Il s'agit d'un métier physique en raison du matériel qu'il faut emporter avec soi, mais aussi des heures où il faut parfois rester debout, quel que soit la météo, à attendre pour obtenir une information ou capter les images d'un événement.
quel cursus ?
En France, il existe une trentaine d’écoles de journalisme. Parmi elles, seules seize* sont reconnues, en 2026, par la Commission Paritaire Nationale de l’Emploi des Journalistes (CPNEJ) et proposent des formations initiales au métier de journaliste avec des spécialisations au métier de JRI.
Qu'ils soient publics ou privés, ces établissements sont accessibles après le BAC ou avec un niveau BAC +2 / +3, via Parcoursup, sur concours ou sur dossier. Les diplômes délivrés vont des BUT (bac +3) aux Masters (bac +5) en passant par des diplômes visés par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
* Sites Internet des établissements reconnus par la CPNEJ :
BUT information communication
Établissements universitaires publics :
. École de Journalisme de Cannes (06)
. IUT Lannion (22)
Masters en journalisme
Établissements universitaires publics :
. EJCAM - Marseille-Aix (13)
. EPJT - Tours (37)
. EJDG - Grenoble (38)
. SHS - Metz (57)
. UEJ - Strasbourg (67)
. IFP - Paris (75)
. CY Cergy Paris - Gennevilliers (92)
. CELSA - Neuillez-sur-Seine (92)
Établissements privés :
. EJT - Toulouse (31)
. ESJ - Lille (59)
. CFJ - Paris (75)
. IPJ - Paris (75)
. SCIENCES-PO - Paris (75)
Benoît Bruère
1m91, Journaliste Rédacteur et Journaliste Reporter d'Images pour France Télévisions
Benoît Bruère exerce depuis 2007 le métier de Journaliste Rédacteur mais aussi, depuis 2011, celui de Journaliste Reporter d'Images spécialiste de la politique et des sports, pour le groupe France Télévisions, en Région Centre Val de Loire.
Pour 1MÊTRE90, Benoît a accepté avec enthousiasme de partager son histoire : son enfance d'une tête de plus, son cursus et son expérience métier, au regard de sa grande taille : 1m91.
Puisse ce témoignage, vous faire découvrir davantage cette profession, casser vos a priori sur votre grande taille et, pourquoi pas, créer en vous une vocation ?!
© Benoît Bruère
«
enfance
Benoît Bruère, 1m91 ![]()
1MÊTRE90 : Quel enfant étiez-vous ?
Benoît Bruère : « J’étais un enfant avec une certaine forme de timidité pour m’exprimer dans un groupe, en public, mais même temps, j'étais très sociable, toujours entouré d’un groupe de copains, surtout à l’adolescence. On passait beaucoup de temps ensemble, à jouer au basket, au foot ou simplement à se retrouver chez les uns et les autres. Les copains étaient un peu mon moteur, j'avais plus l'impression d'exister à travers un groupe qu'individuellement. À la maison, je passais beaucoup de temps aussi avec mes quatre frères et soeur à jouer, on faisait des olympiades et on bricolait les vieux vélos.
Mon tempérament ouvert d'esprit et mon assurance se sont forgés au gré des déménagements. Dans les années 80, mon père travaillait dans la grande distribution ; en raison du contexte économique fragile, nous avons habité dans sept villes. Chaque déménagement était un crève-cœur ; d'autant plus qu'ils avaient généralement lieu en cours d'année scolaire, pendant les vacances d'avril. Enfant, on a la sensation de tout perdre : ses repères, ses amis. Nous avons vécu notamment en région parisienne, en Essonne, dans le Nord, à Calais, dans le Centre, à Blois, et aussi en Occitanie, à Villefranche-de-Rouergue. Mais avec le recul, ces déménagements ont été d'une grande richesse, d'un grand enseignement. Ils m'ont obligé à aller vers les autres, à développer ma capacité d’adaptation.»
1MÊTRE90 : Êtes-vous né dans une famille de grands ? Quel a été votre vécu de la grande taille ?
Benoît Bruère : « Dans ma famille, nous sommes tous plutôt grands. J'ai trois frères qui mesurent autour d'1m85, et une sœur, grande également, mais de tous, je suis le plus grand. Je n'ai jamais souffert de ma taille, excepté en classes de CE1-CE2 où j'ai eu le droit à des 'grand dadais', 'grande asperge'. Durant toute ma scolarité, j'ai toujours été le plus grand, celui assis au fond, derrière ou sur les côtés de la classe ; idem sur les photos de classe d'ailleurs ! (sourire) J'ai eu une croissance en continue avec un boum en 4ème, mais n'ai jamais rencontré de soucis. Mes douleurs au dos sont apparues à l'âge adulte, à cause de ma sédentarité professionnelle. »
1MÊTRE90 : Quels étaient vos jeux ou vos loisirs ?
Benoît Bruère : « J'ai pratiqué beaucoup de sports. J'ai commencé à jouer au basket à l'âge de 12 ans, je faisais 1m75 déjà, quand on habitait dans le sud-ouest de la France. J'étais régulièrement dans les cinq de départ ; je jouais intérieur. C'est en déménageant à Tours, vers 14 ans, que j’ai pris le pli du handball, grâce à la passion transmise par deux profs de sport de mon collège. J’ai eu un vrai déclic en jouant au hand car j'ai compris que ma taille était un atout qui me permettait de m’affirmer physiquement, sportivement parlant. J’aime aller au contact et, au hand, c'est une notion encore plus présente qu’au basket. J’ai commencé comme gardien, je faisais déjà presqu'1m90, donc comme la barre est des buts est à deux mètres, c’était idéal ! Puis, je suis passé arrière gauche et demi-centre. J'ai pratiqué le hand pendant de longues années à Saint-Cyr-sur-Loire, en régional et parfois en national 3. Du coup, quand je rejouais au basket, je faisais beaucoup de fautes ! (rires)
J'ai également testé le rugby, en deuxième et en troisième ligne, mais je me suis blessé plusieurs fois, donc je n'ai pas continué. J’ai essayé des sports individuels comme le tennis, pendant deux ans, l’athlétisme, aussi, mais ça ne m’a pas plu. Les cross des dimanches matin, dans le froid… Ce n’était pas pour moi ! Je ne m'y suis vraiment pas éclaté. Et puis, quand on a goûté aux sports collectifs, à l’ambiance des vestiaires, aux retrouvailles avec ses camarades, au fait de se chambrer, etc. On a du mal à vouloir en sortir ! » (sourire)
© 1MÊTRE90
vocation
Benoît Bruère, 1m91 ![]()
1MÊTRE90 : Aujourd'hui, vous êtes un journaliste rédacteur et un journaliste reporter d'images à la fois spécialiste politique, mais aussi sportif. Ce métier multi casquettes est-il celui dont vous rêviez déjà enfant ?
Benoît Bruère : « Adolescent, je me rêvais journaliste, oui - journaliste sportif - plus précisément. Étant un grand fan de sports, et des sports collectifs particulièrement : handball, basket, volley, mais aussi de foot, de rugby, j'ai toujours voulu commenter. Mais pour moi ce métier a longtemps été synonyme "d'inaccessible" car il appartenait à un milieu professionnel complètement étranger à mon environnement familial ; donc ce monde me paraissait inatteignable. Ce qui est dommage car pendant des années, je me suis mis un peu une barrière à ne pas l'envisager comme possible et pourtant j'ai toujours su intimement que c'était le métier que je voulais exercer.
Mon cursus est le suivant : j’ai fait un bac littéraire, suivi de quatre années en Droit Privé à l'université François Rabelais à Tours. J'ai engagé ces études avec l'idée qu'elles me permettaient d'envisager ultérieurement soit d'entrer dans la police, soit de devenir journaliste.
C'est vers mes 22-23 ans, en me renseignant sur les étapes suivantes pour devenir commissaire de police, que j'ai pris conscience du nombre restreint de places pour y prétendre : environ trente pour mille-deux-cents candidats. Je me suis alors renseigné sur les différentes voies pour devenir journaliste et j'ai découvert l'existence de l'alternance et le fait qu'avec un bac +5, on pouvait y arriver. Et puis, l'alternance, c'était le combo idéal : une formation + un travail + un pied en entreprise + un salaire + une autonomie financière !
Donc, ma détermination à devenir journaliste, je ne l'ai réellement eue qu'à partir de ce moment. Je me suis dit : "Ok, maintenant, tu fais tout pour faire ce métier, tu te donnes tous les moyens pour y arriver et tu vas y arriver !"
J'ai enchaîné avec un Master 2 en Communication et Management dans le Sport, à l'UTT de Troyes, à la suite duquel j'ai présenté des dossiers à des concours pour intégrer une école. J'ai été admis en alternance à l'École Supérieure de Journalisme de l'ESJ-PRO et pendant deux années, j'ai été rédacteur sportif au sein de FTVI, le service Web de France Télévisions.
Je suis entré dans ce milieu par la petite porte et, depuis, ma carrière pro évolue par des successions de rencontres clefs et de bons timings ! »
1MÊTRE90 : Jusqu'ici, quelles ont été les étapes de votre parcours ?
Benoît Bruère : « Jeune diplômé, j'ai fait mes armes de journaliste pendant un an et demi chez Media365 pour Orange Sports à Paris : je partais en reportage seul pour tourner et interviewer, puis je rentrais à la rédaction pour monter mes reportages. J’ai suivi l’équipe de France de Rugby lors du Tournoi 2009 et j’ai fait des reportages sur les championnats de France de culturisme…c’était parfois le grand écart ! Puis je suis entré à France Télévisions en tant que Journaliste rédacteur pigiste : j’ai fait la tournée des régions pendant trois ans et demi avant d’être embaucher à Blois en 2010.
Cela fait plus de quinze ans que je travaille pour le service public, dont huit années passées à préparer et présenter quotidiennement le journal télévisé de France 3 Région Centre Val de Loire.
J'ai souhaité arrêter la présentation du JT à cause, entre autres, de mes problèmes de dos et du fait que je faisais la route entre Orléans où il y a les studios de France 3 Centre Val de Loire et Tours, où je vis avec ma famille. La sédentarité et la conjugaison trop de voiture, trop de plateau ont conforté mon envie et ma décision de sortir des studios et de retrouver le terrain.
Mon cœur de métier, ce qui m'anime réellement, c'est d'être Journaliste Rédacteur, de préparer mes sujets, d'aller à la rencontre des gens et de restituer l'information. J'ai eu cette possibilité, je l'ai choisie, c'était encore une fois le bon timing.
Ma casquette de commentateur sportif, je l'ai obtenue en 2020. Dans le contexte de la crise sanitaire de la Covid-19, France Télévisions avait pris la décision de transmettre à l'antenne les compétitions sportives auxquelles les spectateurs ne pouvaient plus assister physiquement. Personne ne se sentait de le faire ; on m'a proposé de me lancer, je n’ai pas hésité. Handball, basket, football, cyclisme, course automobile …j’ai commenté à ce jour une soixantaine de rencontres en six ans. Et puis de là, on m’a proposé de postuler pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 pour faire du reportage de sportifs originaires de nos territoires pour France 3.
Je me rappelle de ma première prise d'antenne : j'avais couvert un match de basketball de deuxième division entre Strasbourg et Saran. Le réalisateur m'avait partagé ses doutes : “Mais tu t’y connais, toi, en commentaire sportif ?” (rires) Il y avait énormément de pression autour de moi, en plus de la mienne ! Outre les attentes des professionnels, je ne faisais que penser au regard que mes proches allaient porter sur moi car ils savaient, eux, que je m'apprêtais à vivre mon rêve !… Et au final, j'ai pris énormément de plaisir à relever le défi !
Aujourd'hui, le commentaire sportif est l'exercice journalistique où je me sens clairement le plus à ma place où je m’épanouie le plus, j’ai le flow même (rires). D'ailleurs, on me le fait souvent remarquer : "Ça se voit, on ressent à l'antenne que tu es dans ton élément". Et ça me touche. (sourire)
Pour commenter, je suis installé soit au bord du terrain, à deux-trois mètres du parquet, soit en haut des tribunes. Je suis entouré de l'équipe technique d'une vingtaine de personnes : les cameramen, le réalisateur, la production, … Et je travaille toujours en binôme avec un consultant pro. Il s'agit généralement d'un ou d'une ancien·ne athlète de haut niveau, qui est là pour éclairer les gens sur les différents systèmes de jeu, etc. Même si je connais les termes et les règles, et même si j'ai appris sur leurs évolutions de ces dernières années, la manière de défendre, de concevoir les systèmes d'attaque, etc., mon rôle, en tant que Journaliste-Commentateur est de m'assurer de l'excellente condition de la transmission sportive d'une part, et d'autre part, de mettre de toute mon énergie pour relayer, faire vivre l'événement en direct, en donnant aux téléspectateurs toutes les informations qu'ils doivent avoir, dans le temps du présent, et c'est ça, tout l'enjeu du métier !...
Mais qu'il s'agisse de sport ou de politique, d'ailleurs ! Lors de soirées électorales, il y a, en plus des résultats qui tombent, des informations que l'on perçoit en dehors du champ des caméras et que l'on se doit d'analyser, de décider de leur pertinence ou non à les transmettre aux téléspectateurs, et du bon moment où les partager, et tout cela se passe quasiment dans l'instant présent. »
1MÊTRE90 : Le direct, c'est ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Benoît Bruère : « C'est un tout. Ce qui me plaît c'est le décor et l'envers du décor, l'humain avant-tout. Aller sur le terrain, rencontrer des gens pour ensuite raconter leurs histoires de vie de "gens ordinaires", entre guillemets. Beaucoup ont de véritables parcours de vie, souvent cabossés, à témoigner. Dernièrement, par exemple, j'ai interviewé une cheffe de service de l'hôpital d'Orléans dans le cadre d'un reportage. Je lui ai demandé d'aborder ses contraintes professionnelles et elle les a partagés avec son cœur. Parvenir à capturer ses émotions et sa sincérité, sans entrer dans le pathos, la transmettre - tout en traitant l'information -, c'est l'essence même du métier de journaliste d'informations que je me fais. Et plus le temps passe d'ailleurs, commenter la vie politique ou interviewer des personnalités à la notoriété importante, aux discours rôdés, formatés, m'intéresse personnellement de moins en moins.
Toute information se doit d'être objective, sans être aseptisée. »
1MÊTRE90 : Vous êtes également Intervenant à l'EPJ de Tours auprès des 1ère et 2èmes années, en session journal télévisé, quels conseils métier ou mise en garde leur transmettez-vous ?
Benoît Bruère : « Le métier de Journaliste Télévisuel n'est pas un métier facile, surtout celui de journaliste 'localier' car si tu parviens à sortir au grand jour des affaires, tu prends le risque de ne plus obtenir d'infos par la suite - surtout auprès des politiques - ; par-contre, si tu es trop consensuel, le public va te reprocher de ne pas être assez mordant. Trouver le bon compromis est l'une des plus grandes difficultés du métier. Sinon l'idéal est de se donner la possibilité de changer régulièrement de zone géographique.
Et puis, je leur rappelle qu'on ne peut pas faire ce métier si on n'aime pas aller à la rencontre des gens et si on n'a pas la capacité de s'adapter à ses interlocuteurs. Que l'on interviewe des ministres, le président de la république ou un sdf, un aide-soignant, etc., il faut avoir de grandes qualités humaines et faire preuve d'agilité, de beaucoup de souplesse. »
© Benoît Bruère
le métier, vu par un 'tall'
Benoît Bruère, 1m91 ![]()
1MÊTRE90 : Votre grande taille a-t-elle un impact concret dans votre travail ?
Benoît Bruère : « Cela dépend des contextes et aussi, pour qui ! (sourire)
En studio, ma taille pose surtout des difficultés à l'équipe technique qui est contrainte de respecter les règles télévisuelles de cadrage. Selon la configuration du plateau, assis comme debout, il arrive souvent que ma tête soit trop haut visuellement par rapport au décor en arrière-plan. En présence de collègues ou d'invités plus petits que moi, il est nécessaire d'ajuster la hauteur des sièges. Lorsque je présentais le journal télévisé quotidiennement, nous avions même envisagé la conception d'une sorte de fosse dans le décor à mon emplacement pour que les différences de taille jurent moins à l'écran. Même si, en étant attentif à l'image, on perçoit qu'il y a un truc ! (sourire) C'est le cas sur la photo que je vous ai fournie où je pose avec ma consœur, la journaliste - présentatrice du JT, Rebecca Benbourek.
En rédaction et en post-production, on passe beaucoup de temps assis, mais on a la possibilité de régler la hauteur des écrans.
Quand je pars en reportage, je m’adapte. Avec les cadreurs, comme les preneurs de son, on se débrouille, on utilise d'ailleurs généralement des micros-cravates ou des micros-mains. La réelle contrainte physique que je rencontre alors, c'est lorsque j’interviewe quelqu’un. Je me baisse presque systématiquement pour être à la hauteur de son regard. Physiquement, c’est une position plutôt inconfortable car exigeante ; si l'interview dure longtemps, je me maintiens en gainage et il m'arrive parfois de sentir des tensions dans les genoux, d'avoir les genoux qui sifflent, oui !... » (rires)
1MÊTRE90 : Prévenez-nous vos interlocuteur·trice·s que vous allez vous contorsionner ?!
Benoît Bruère : « Oui, toujours ! Je leur explique que je vais me baisser pour être à hauteur de leur regard. Je mets de la pédagogie pour, surtout, éviter tout malentendu, pour ne pas les laisser supposer que je bouge par ce que je ne m'intéresse pas plus que ça à ce qu'ils me répondent.
Et puis, il y a une règle quand on est grand : toujours avoir le sourire. J'en ai pris conscience vers 30 ans, en allant régulièrement à la rencontre des gens. J'ai compris que ma taille pouvait impressionner certaines personnes. Et par expérience, j'en suis convaincu, quand on est de grande taille, il faut absolument se présenter en étant deux fois plus souriant et en étant deux fois plus ouvert à la communication avec la personne en face pour ne pas l'intimider ou qu'elle ne se sente mal à l'aise. »
1MÊTR90 : Lorsque vous passez vous-même derrière la caméra, à quels types de contraintes êtes-vous confronté ?
Benoît Bruère : « Par chance, le métier a beaucoup évolué d'un point de vue matériel ; il y a quelques années, on utilisait encore des grosses caméras pesant une dizaine de kilos, comme la Sony 400 qui fait près de 10 kilos..
Aujourd'hui, on tourne presqu'exclusivement avec de toutes petites cameras pesant 500 grammes environ, moins d'1 kilo, et même des unités de smartphones. Cela présente plusieurs avantages : déjà d'être moins intrusif avec les personnes que l'on interviewe, elles se livrent ainsi plus facilement et, pour nous, cela permet plus de mobilité et moins de fatigue physique ; beaucoup de collègues partis à la retraite ont développé des problèmes de dos et ont eu plusieurs arrêts de travail pendant leur carrière à cause du poids de ces anciennes caméras. Mais, on les utilise encore, mais principalement pour les formats magazines car leur optique est exceptionnelle et offre de magnifiques profondeurs de champs. Après, il existe des trépieds réglables à 1m90, ce qui facilite les prises de vues au niveau de ma tête. »
1MÊTR90 : Existe-t-il des formations à une utilisation matérielle adaptée aux grands gabarits ?
Benoît Bruère : « À France Télévisions, il y a toujours d’excellentes formations proposées : j’ai reçu une formation aux usages métiers en termes de bonnes postures. On nous sensibilise aux fondamentaux comme : comment maintenir une bonne posture en toute circonstance, poser un genou à terre pour ramasser du matériel et non se pencher, ne pas porter de sacs en bandoulières pour éviter les problèmes d'épaules et de colonne vertébrale, etc.
Le formateur m'avait conseillé, au regard de ma taille, de faire des squats un rituel. C'est depuis devenu ma routine matinale, tout comme le renforcement musculaire et le gainage pour me prémunir des lumbagos. J'en ai eu beaucoup dans ma vie. Mon ostéopathe, lui, m'a recommandé la pratique du yoga dynamique. Sinon, j'essaie de courir à minima une fois par semaine, pendant 50 minutes.
Aujourd'hui, je dirais que le seul vrai inconvénient de la profession - pour les grands - reste la mobilité : les moyens de locomotion sont rarement adaptés à nos gabarits. Les modèles de voitures mis à disposition pour les déplacements n'offrent pas la possibilité de reculer assez les sièges … »
1MÊTR90 : Être de grande taille, est-ce que cela aide ?
Benoît Bruère : « Quand j'ai passé mon jury de fin d’école, un des membres du jury, m'a dit : "Benoit vous êtes grand, profitez de votre taille pour asseoir votre présence"... Je n'avais pas trop compris sur le moment ce conseil. Et c'est en reportage que j'ai réalisé en quoi ma taille allait devenir un de mes atouts : au sortir d'un tribunal, beaucoup de journalistes se bousculaient pour décrocher les premiers mots d'un protagoniste ; comme mon bras passait au-dessus de leurs têtes pour tendre le micro, l'interlocuteur m'a remarqué et a répondu principalement à mes questions.
Plusieurs fois, j'ai pu obtenir ainsi des images et des réactions que d'autres journalistes non pas eues. »
1MÊTR90 : Avez-vous déjà joué de votre stature pour vous faire entendre, respecter ?
Benoît Bruère : « Non, je ne me suis jamais dit : parce que je suis plus grand qu'untel, je vais utiliser ma taille comme argument pour me confronter à lui. Ce n'est pas dans ma nature. (il réfléchit)
Il ne m'est arrivé qu'une seule fois dans ma carrière de ressentir que mon corps ouvrait de lui-même ma cage thoracique.
Un adjoint d'une ville avait sollicité notre venue et, une fois sur place, il s'est refusé de répondre à nos questions. Il avait préparé une déclaration façon 'Pravda' et souhaitait uniquement pour que nous l'enregistrions. J'ai refusé le principe et lui ai rappelé que nous étions des journalistes, que nous nous étions déplacés, et qu'il se devait d'accepter le jeu de nous répondre. Ce à quoi, il a commencé à monter le ton et à me faire comprendre qu'il pouvait aussi répondre "physiquement" si je l'entendais ainsi... C'était une scène irréaliste. Lui et moi n'étions vraiment pas sur la même longueur d'ondes.
Ce jour précis est la seule fois où je me suis réellement senti atteint dans mon intégrité personnelle et dans mon intégrité de journaliste car, déontologiquement, ce ne sont ni des méthodes, ni une attitude acceptables - surtout venant d'un politique -. »
1MÊTR90 : En tant que journaliste sportif, j'imagine que vous avez déjà reçu des remarques sympathiques sur votre taille, non ?
Benoît Bruère : « Oui (rires) C'est vrai que lorsque j'interviewe des basketteurs ou des volleyeurs aussi grands que moi, ils me confient très souvent : "Ah, c'est cool avec toi, on peut discuter à hauteur d'yeux, on n'a pas d'effort à faire pour t'entendre et te répondre !" Il y a une petite connivence qui s'opère dès qu'on se voit. Ça met tout de suite à l'aise, eux comme moi ! Pour l'anecdote, j'ai déjà vu des confrères plus petits monter sur des estrades, et même une chaise parfois ! »
»
1MÊTRE90 remercie sincèrement Benoît Bruère de son partage d'expérience.
⇒ Vous pouvez visionner ses reportages sur sa page pro du site Internet de France Info.
verdict
Devenir Journaliste Rédacteur tout comme Journaliste Reporter d'Images sont des métiers passionnants, où tout·e grand·e peut assurément s'épanouir - sous réserve d'adopter dès le départ de bonnes postures et de travailler son renforcement musculaire pour se prémunir des problèmes principalement dorsaux - !
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